Corinne Pralong: Médecin urgentiste
Cette photo n’est pas celle de la personne à l’origine du témoignage
Comment devient-on médecin urgentiste ?
J’interprète cette question de deux façons : comment devient on pratiquement médecin urgentiste et qu’est ce qui pousse un individu « normal » à devenir urgentiste ?
- Concours d’entrée à
- Six années d’études pendant lesquelles les cours magistraux sont complétés par des stages hospitaliers
- Examen validant la fin des études médicales
- Internat de médecine générale pendant 3 ans actuellement
- Thèse de Docteur en Médecine
Puis on choisit de devenir médecin Urgentiste :
diplôme obligatoire : CAMU (capacité de médecine d’urgence) sur 2 ans. Il y est enseigné les pathologies liées à l’Urgence et des stages sont obligatoires dans des services touchent à la médecine d’Urgence (pédiatrie, service d’Urgences, SAMU et SMUR, réanimation…).
Dans un avenir proche, la médecine d’Urgence sera une spécialité qui se choisira comme la chirurgie ou la radiologie lors de l’examen validant la fin des études médicales.
Bref, c’est sans fin… mais la seule vraie barrière de ce parcours reste le concours d’entrée en Médecine, par la suite les années s’enchaînent sans difficulté.
Lors des dernières années de lycée, j’ai été confronté au milieu médical et j’ai fait de belles rencontres humaines (qui perdurent encore aujourd’hui) qui m’ont encouragé vers cette carrière. Rien ne me prédestinait à cette orientation, ni mon milieu familial, ni mes professeurs. J’ai rencontré à l’époque des hommes, des femmes qui alliait un professionnalisme indiscutable, une humanité communicative et une ouverture d’esprit. Cela a su me toucher.
Ensuite la médecine d’urgence ma séduite par la capacité que l’on a parfois à améliorer l’état de santé de quelqu’un qui souffre, présente une vraie détresse vitale par une prise en charge adaptée, rapide et des gestes techniques précis.
Quelles sont les difficultés rencontrées dans l’exercice de votre métier et comment y remédier ?
Mais cette composante morale est au cœur du plus bel enseignement personnel que peut apporter la médecine d’urgence sur la fragilité d’une vie, le courage d’exprimer ses émotions, la richesse d’une rencontre, l’empathie indispensable envers autrui, le respect de l’autre quelque soit son milieu social...
Quel est votre meilleur souvenir ?
A l’arrivée, le conducteur dont c’est l’anniversaire est décédé sur le coup, ainsi que sa sœur à l’arrière du véhicule. Une troisième victime présente un grave traumatisme crânien, je la prends en charge médicalement et la laisse sous la surveillance de mes collègues. Il existe une quatrième victime. C’est un jeune homme de 17 ans. Il me parle, me raconte l’accident, me dit qu’il veut voir sa petite amie et surtout, il me répète à plusieurs reprises qu’il ne veut pas mourir…
D’après mon examen clinique, je suspecte une hémorragie interne. Il est de plus en plus pâle, sa tension chute, son ventre est de plus en plus douloureux. Je sais que j’ai peu de temps pour agir avant que la situation ne se dégrade sans possibilité d’amélioration.
Je fais venir des poches de sang sur place, je demande une évacuation de ce jeune homme vers un hôpital en mesure de le prendre en charge chirurgicalement. Je décide de l’endormir afin de calmer sa douleur et qu’il ne se rende plus compte de la réalité. Son angoisse monte, il sent que la situation devient de plus en plus précaire. Il me répète encore qu’il ne veut pas mourir. Et puis son cœur s’arrête de battre.
Nous faisons quelques gestes de réanimation. Son cœur se remet à battre. Nous le transfusons. Un hélicoptère se pose, il est évacué vers le Centre Hospitalier Universitaire accompagné par un réanimateur.
Il est opéré en urgence. Il présente plusieurs fractures, une hémorragie interne massive. Il reçoit plus de cent poches de sang au cours de son hospitalisation et est opéré à plusieurs reprises…
Il ne se souvient pas de moi. Quand il s’est réveillé, il a eu le réanimateur comme interlocuteur.
Je ne fais pas parti de l’histoire de ce jeune homme mais lui fait parti de la mienne. En effet, si le jour de son accident, je n’avais pas fait les gestes adéquates, s’il n’avait pas reçu de sang tout de suite et s’il n’avait pas été évacué rapidement sur un hôpital, je suis intimement persuadée, qu’il ne serait plus parmi nous.
Ce jour là, j’ai été le maillon indispensable d’une chaîne humaine qui lui a permis de rester vivant.
Depuis, chaque fois que je vois le réanimateur intervenu sur place, on se souvient avec émotion de ce jeune homme. Ce dernier lui écrit régulièrement.
Nous savons qu’une intervention comme celle-ci justifie notre passion pour ce métier d’Urgentiste.