Patrice Huiban, Officier de l'Armée de Terre

Publié le par Yannick Coudert

Comment devient-on officier de l’Armée de Terre ?

                                             Patrice Huiban en mission au Kosovo

 

Les voies sont multiples car l’Armée de Terre concentre en elle plus de 400 métiers au total pour l’ensemble de son personnel. Néanmoins, on peut synthétiser les différentes voies à travers des critères généraux :

-          être de nationalité française

-          avoir moins de 30 ans

-          être en règle vis-à-vis des obligations de la JAPD ou du Service National

-          être médicalement apte

-          être titulaire, au minimum, d’un BAC + 2

A partir de ces critères généraux et génériques, plusieurs options sont offertes aux jeunes pour accéder directement au corps des officiers de l’Armée de Terre. C’est assez « technique » mais cela aura le mérite d’être relativement exhaustif !

-          Volontaire Aspirant de l’Armée de Terre (VADAT) : il s’agit de contrats d’un an renouvelables quatre fois au maximum. Cela permet de découvrir le milieu pour ceux qui voudraient avoir une première expérience avant de s’engager pour une durée plus longue. On peut choisir de servir dans des fonctions d’encadrement (commander de vingt à trente personnes généralement à l’instruction) ou dans des postes de spécialistes suivant ses diplômes civils (informatique, ressources humaines, finances,..). On commence au grade d’aspirant pour terminer lieutenant. Pendant ce volontariat rémunéré, l’intéressé peut demander à devenir Officier Sous Contrat

-          Officier Sous Contrat (OSC) : les filières, encadrement ou spécialiste, sont les mêmes que pour le recrutement VADAT. Les différences résident dans les durées de contrat. Pour ceux destinés à encadrer essentiellement en unités de combat, ils débutent par un contrat initial de 5 à 8 ans et peuvent servir sous ce statut jusqu’à 15 ans. Pour ceux destinés à devenir des spécialistes, il leur faudra détenir un BAC + 3 minimum. Ils débuteront par un contrat initial de 2 à 5 ans et pourront servir jusqu’à 20 ans maximum. Dans les deux cas, ils pourront terminer au grade de commandant avec, en cours de contrat, des intégrations possibles dans le corps des officiers de carrière

-          Officier de carrière : on y accède par les Ecoles dont la principale est l’Ecole Spéciale Militaire de Saint - Cyr. Il y a deux recrutements possibles avec, tout d’abord, le concours à BAC + 2 à partir des classes préparatoires littéraires, HEC ou scientifiques. Dans ce cas, il faut avoir 22 ans maximum le 1er janvier de l’année du concours. Après 3 ans de scolarité à Coëtquidan (enseignements militaire et universitaire), les élèves font une année de spécialisation dans l’école d’arme de leur choix (infanterie, transmissions, cavalerie, gendarmerie, artillerie,…). Parallèlement, il existe aussi le recrutement sur titre à BAC + 5 après entretien et la constitution d’un dossier. Il faut ici avoir moins de 25 ans le 1er janvier de l’année du concours. Attention, tous les BAC + 5 ne sont pas acceptés. Il existe une liste des écoles et troisièmes cycles universitaires qui donnent accès à ce recrutement. Dans ce cas, les élèves ne font q’une année d’enseignement militaire avant de rejoindre leur école d’arme. A la sortie de Coëtquidan, les élèves accèdent au grade de lieutenant. Après leur école d’arme, ils rejoignent un régiment de leur choix en fonction de leur classement.

A côté de l’ESM de Saint-Cyr, il est possible d’accéder directement aux écoles d’armes après l’école polytechnique ou l’école supérieure des arts et métiers.

On peut également accéder au corps de officiers de carrière à travers des écoles à vocation administrative et de gestion. Il s’agit de l’Ecole Militaire du Corps Technique et Administratif (EMCTA) à Coëtquidan (moins de 25 ans) et de l’Ecole Militaire Supérieure d’Administration et de Management de Montpellier (moins de 30 ans). Ces officiers ne seront pas en unités de combats mais dans des postes à caractère administratif ou financier.

Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’à côté de ce recrutement « direct », il existe un recrutement « semi-direct » avec des candidats issus du corps des sous-officiers. La moitié des officiers sont issus de ce recrutement de même que la moitié des sous-officiers sont d’anciens engagés volontaires. Inutile de dire qu’au sein des armées, et de l’armée de terre en particulier, la méritocratie et l’ascenseur social ne sont pas de vains mots ! Un jeune non bachelier peut, encore aujourd’hui, terminer officier supérieur….Ce qui compte surtout, c’est l’homme et pas seulement ce bout de papier appelé curriculum vitae !

Quelles sont les principales difficultés et comment y remédier ?

Etre officier de l’armée de Terre suppose une solide vocation. En effet, c’est un des quelques métiers où on occupe une fonction et on représente des valeurs qui dépassent sa propre personne. Notre code déontologique appelé « code du soldat » le stipule clairement : «  au service de la France, le soldat lui est entièrement dévoué, en tout temps et en tout lieu » (article 1er), «il accomplit sa mission avec la volonté de gagner et de vaincre, et si nécessaire au péril de sa vie » (article 2), « il obéit aux ordres dans le respect des lois, des coutumes de la guerre et des conventions internationales » (article 4), « fier de son engagement, il est, toujours et partout, un ambassadeur de son régiment, de l’Armée de Terre et de la France » (article 11). Ainsi, au milieu d’une société de plus en plus individualiste et hédoniste, il doit toujours mettre en avant les intérêts du groupe, de la collectivité (sa section (20 à 30 personnes), sa compagnie (environ 100 personnes), son régiment (1000 personnes) et, in fine, la France) ce qui entraîne souvent la mise au second plan de ses intérêts personnels. Il faut donc aimer travailler en équipe et ne pas hésiter à sacrifier un peu de son confort et de son temps pour les autres et les valeurs de la Nation que les armées françaises représentent aux quatre coins du monde. Remédier à cette distorsion n’entraîne cependant pas de schizophrénie ! En interne, la partage des valeurs collectives et le sentiment de servir l’idéal français porté par notre République procurent d’immenses satisfactions qui se traduisent au quotidien par une convivialité, des amitiés solides forgées dans l’effort et un esprit d’équipe développé. Tout cela marque chez les uns et les autres des expériences inoubliables !

Quel est votre meilleur souvenir ?

Les relations humaines au quotidien, les dessins des enfants du Kosovo maculés de bleu, blanc, rouge et les remerciements d’un interprète local en pleurs demandant au Maire de Laval, en visite au Kosovo pour y voir les militaires du régiment stationné dans sa ville, de transmettre un message à ses concitoyens : « dites bien à votre retour que vos fils et vos filles font des choses formidables pour nous ici. Nous ne l’oublierons jamais… ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans Des métiers

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