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Publié le par Raphaël Anton

Comment devient-on guide de haute montagne?

Il s'agit d'un brevet d'état qui se passe à l'Ecole nationale de ski et d'alpinisme à Chamonix. Brièvement, l'entrée en formation est réservée à des alpinistes pouvant justifier d'une bon niveau technique et d'une grande expérience dans les différentes pratiques de la montagne. La formation représente environ 16 semaines de stages d'apprentissage de d'évaluation des acquis répartis sur 3 à 4 ans. L'objectif de cette formation est d'amener de jeunes et bons alpinistes amateurs à devenir des professionnels responsables et capable de guider des "clients" en sécurité maximum dans tous les terrains de la montagne et de la haute montagne.


Quelles sont les difficultés rencontrées et comment y remédier?

La difficulté de ces métiers qui sont de véritables vocations, eh bien c'est d'arriver à ne pas s'en lasser lorsque la passion du départ devient un travail quotidien. J'ai éprouvé cette lassitude au bout de 6 ou 7 ans de profession à guider les gens en montagne pour gagner ma vie. J'ai surtout perçu que le métier, lorsqu'il devenait répétitif, ne m'apportait plus que de l'argent (et plus cette dimension d'épanouissement recherchée). Et lorsque j'ai sentis que j'étais en train de perdre cette envie de partir en montagne, j'ai réduit voire arrêté de guider des clients pour faire d'autres choses mais toujours en relation avec la montagne, une manière d'ouvrir des "voies nouvelles", de transmettre mon expérience aux jeunes guides, de trouver des sponsors pour aller en expédition en Himalaya, de faire des conférences, d'organiser des séminaires de team building dans des entreprises, de développer des projets d'assistance au développement dans des pays himalayens, de participer aux activités associatives de la fédération française de la montagne... J'ai trouvé dans cette diversité d'activités et dans une remise en question régulière un enrichissement qui va au-delà des aspects financiers. Et j'ai eu l'impression que lorsque l'on fait ce qui nous inspire et qu'on le fait bien, les moyens matériels suivent, ainsi que les opportunités... En tout cas, ma conclusion est que le métier de guides est à mon sens une activité professionnelle d'appoint (de seconde main).


Quel est votre meilleur souvenir ?

Il y en a beaucoup mais je citerai simplement 2 moments supers que ce métier m'a permis de faire découvrir à 2 personnes :

- un bivouac au sommet de l'aiguille des Drus à 3700m avec un client bon grimpeur après avoir gravi une face très dure de 1000m de haut. On était blotti sous un sursac en toile avec un réchaud pour faire fondre de la neige, à 1m d'une vierge en fonte qui avait été fixé au sommet de l'aiguille de granit pour veiller sur la vallée de Chamonix 3000m en dessous. La vallée était illuminée par ses lumières, la pleine lune faisait briller tous les glaciers du massif du mt Blanc, et une température pas trop froide. Le spectacle super, le repos partagé sur ce sommet après une journée très intense reste un excellent moment.

- un "papi" de 71 ans qui voulait gravir le Mt Blanc car il avait dû renoncer 4 ou 5x des années avant à cause de la météo. Son âge me faisait douter et en effet, au quart du chemin par la traversée des 3 Mt Blanc, il était vraiment fatigué et on avançait trop lentement. Sa larme (quand je lui ai dis qu'on ne pourra pas y arriver, que par ailleurs c'est dangereux de traîner là-haut en étant lent et fatigué) et le fait qu'il me dise que c'est la dernière chance de sa vie de réaliser son rêve m'on touché et j'ai accepté de continuer et de relever ce défi de l'amener à 4807m. Et on a mis plus de 12h alors que l'horaire moyen normal est de 5h jusqu'au sommet. On est revenu très tard en pleine nuit au refuge. Il souffrait de ses rhumatismes, était totalement épuisé, se laissait tirer sur la neige à la descente... mais il avait vécu son rêve et j'éprouvait une vrai joie de le lui avoir permis.

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Publié dans Des métiers

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