Une présentatrice de journal télévisé
Cette photo n’est pas celle de la personne à l’origine du témoignage
Comment devient on journaliste ?
On ne devient pas « journaliste » grâce à l’obtention d’un diplôme, On obtient la carte officielle de journaliste, délivrée par une commission paritaire ad hoc (composée de patrons de presse et de représentants de la profession élus chaque année lors d’ élections professionnelles) parce que l’on peut prouver que l’on retire au moins la moitié de ses revenus annuels de la collaboration à un organe de presse reconnu par cette commission. La dite commission examine le dossier qu’on lui adresse avec feuilles de paie, attestation employeur, etc, et délivre la carte en attribuant un numéro de matricule après examen de ce dossier.
On obtient donc la carte de journaliste… une fois que l’on exerce déjà la profession… Devant cette quadrature du cercle, il est prévu qu’un débutant collabore à un organe de presse , puis demande la carte avec attestation employeur, carte qui est d’abord une carte de stagiaire, puis qui devient une carte de titulaire si ses collaborations à la presse se poursuivent.
En fait, il existe plusieurs écoles de journalisme (CFJ à Paris, ESJ à Lille, Formation des Journalistes à Strasbourg…, ainsi que des formations universitaires type ISIC…)
Et la plupart des journalistes passent par ces filières, parfois après avoir fait préalablement Sciences Po, ou Sciences Eco, ou encore des lettres ou du Droit .
Mais il faut bien comprendre que ces formations selon la loi ne sont pas obligatoires, et ne donnent pas non plus automatiquement le statut de journaliste.
On peut regretter que la grande majorité des journalistes aujourd’hui suive des filières par trop semblables (Sciences Po, CFJ par exemple..) et soient ainsi presque tous formés au même « moule », venant d’origines sociales trop semblables alors que la profession, dont le rôle est si important dans une démocratie, ne peut que remplir son rôle si elle réunit des personnes venant d’horizons plus larges.
La dessus, à noter l’existence depuis quelques années d’une filière de « contrats de qualification » en journalisme.
Quelles sont les difficultés et comment y remédier ?
Je dirais que les difficultés de ce métier constituent son enjeu et donc son intérêt-même.
Les journalistes –et c’est de plus en plus vrai- sont extrêmement sollicités par des interlocuteurs (politiques, patrons, attachés de presse de production cinématographiques ou discographiques)… qui souhaiteraient « tirer » l’information dans un sens qui leur soit favorable.
Aujourd’hui la plupart de ces interlocuteurs ont des attachés de presse ou des services de communication puissants qui se rapprochent d’eux dans le but de faire parler :
-d’un film, d’un artiste, d’un spectacle (si c’est un attaché de presse show-business)
- des mesures du gouvernement (attaché de presse d’un ministre)
- des bonnes performances d’une société ou d’un produit quelconque à vendre (service de communication d’une entreprise).
Le journaliste doit toujours rester très distancié par rapport à ces sollicitations. Il doit écouter, certes, mais surtout il doit chercher derrière cette info apparente quel est l’intérêt de son interlocuteur à dire cela, il doit enquêter, appeler ceux qui ne se manifesteraient pas, relever les contradictions, donner la parole à ceux qui ne la prendraient pas spontanément…
Il est regrettable aujourd’hui que de nombreux confrères cèdent à la facilité en répondant souvent présent aux sollicitations des attachés de presse, et ne fassent pas suffisamment d’investigations.
Pourtant, le lecteur le téléspectateur est en droit d’attendre dans une démocratie que les journalistes l’aident à décrypter le monde, la société dans lesquels il vit, sans lui imposer une opinion, mais en lui donnant les clés pour comprendre et pour se former sa propre opinion.
Une autre tentation à laquelle cèdent de nombreux confrères est celle du sensationnel au lieu de l’information elle-même.
Ainsi, le fait de traiter trop longuement et parfois avec complaisance les faits-divers, les horreurs diverses, ou les célébrités « people »… aux dépens de l’information qui fait sens, de l’information politique, économique, sociale utile au citoyen.
Je pense qu’il est important d’avoir une haute idée de la responsabilité de ce métier.
Ce métier ne doit pas être choisi pour rencontrer des célébrités, faire des voyages, mais bien parce que le rôle du journaliste, la liberté de la presse ont une place fondamentale dans une démocratie, que le journaliste doit être « les yeux et les oreilles » de son lecteur et de son téléspectateur.
Quel est le meilleur moment, survenu dans l’exercice de votre métier, dont vous vous souvenez ?
Il ne me semble pas possible de distinguer « un » meilleur moment, tant les joies de ce métier sont nombreuses.
Il faut souligner combien cette profession a de multiples aspects :
Le reportage, l’écriture d’un éditorial, l’élaboration au quotidien de la construction même d’un journal, tout cela représente des exercices extrêmement variés avec chacun leur joie et leur satisfaction propre. Et la « carrière » d’un journaliste peut voir se succéder ou se juxtaposer ces divers exercices.
Ainsi, travail quotidien dans l’élaboration de la construction d’un journal,le choix de sa une (ce qu’on appelle « l’ouverture en télévision ») c'est-à-dire le sujet par lequel on va commencer le journal…
Par exemple, commence-t-on par la grippe aviaire, le rapatriement du Clémenceau, le glissement de terrain aux Philippines, le meurtre d’un jeune homme enlevé à Paris. ?)
Certains jours, les choix semblent s’imposer (l’importance d’une information semble évidente face aux autres) mais d’autres fois, cela relève de choix éditoriaux et fait l’objet de discussions dans l’équipe d’un journal…
C’est tout cela qui est passionnant.